Jeudi 22 Décembre 2016 Sablayan Mindoro Philippines

par Daniel KIRCHER  -  5 Janvier 2017, 15:31

Nous partons chez Emily très tôt. Lerouxe doit déjà certainement nous attendre, avec sa moto que je lui ai réservée hier soir...
8h30...
Il nous montre que le moteur tourne, et qu'il y a une clef de contact. Pour ce qui concerne les freins..., on verra une autre fois...
Caro se met derrière, et se cramponne à moi, comme une bernique sur son rocher.
je roule lentement..., et ne dépasse pas le 40 km/h.
Direction Santa Cruz. 
Il n'y a pas grand monde sur la route, et nous traversons une zone de cultures, et de rizières. 
Le paysage est magnifique....
Nous ne passons pas très loin de la ferme prison, ainsi que de plusieurs constructions, qui m'a t'on dit sont habitées par des réfugiés de l'explosion du Pinatubo en 1991...


Puis au village de San Augustin, nous tournons vers la droite, dans une petite piste cabossée...
Caro s'accroche...
Un petit kilomètre plus loin, au milieu de plusieurs maisons, nous nous arrêtons devant l'école du village.
Le trek commence ici.

Un membre du personnel de l'école (de croyance adventiste) vient nous voir en souriant, et nous demande ce que nous faisons ici?
Nous lui expliquons notre projet, et lui demandons s'il est possible de laisser notre monture à moteur dans l'école? 
Pas de problème nous répond-il. 

Nous avons un sac à dos plein de nourriture lyophilisée (soupes et préparations à bases de riz et de pates, des allumettes, trois moustiquaires à deux places...
2 kgs de pâtes macaroni, des bonbons...).
J'ai en tête un village que j'ai aperçu sur Google Earth... et où je ne suis jamais allé.
Le sentier est par contre lui, connu. J'ai pu le parcourir plusieurs fois il y a deux ans et l'année dernière. 
Nous montons d'abord vers un petit col sur un parcours chaud et humide.


Nous sommes rapidement en nage, les tee shirt trempés....Nous avons évidemment les chapeaux...
Puis une patte d'oie, où je m'étais je me le rappelle arrêté il y a deux ans, ne sachant pas de quel côté aller...
J'avais tracé un repère sur un arbuste pour pouvoir retrouver mon chemin, et j'avais pris au hasard le côté gauche. 
Nous nous engageons Caro et moi sur le même parcours...
Nous rencontrons un hangar en dur au milieu d'une prairie, qui est une ancienne école, puis continuons tout droit vers une petite rivière.

Quelques gros cailloux sur place nous permettent de ne pas encore marcher dans l'eau. Nous arrivons ensuite dans une clairière, où je me rappelle avoir vu une maison sur la droite dans laquelle il y avait une petite fille...
La maison (qui était une hutte) n'est plus là....

Ensuite c'est une bananeraie....Où nous profitons de l'ombre.
Je reconnais une barrière un peu spéciale, jetée sur un fossé....
Puis le chemin change, et nous apercevons une maison sur pilotis que je ne connais pas. 
Nous entendons des voix,... la maison est habitée, et plutôt petite. Ce sont ensuite des aboiements de chiens...., les voix doivent maintenant etre prévenues de notre arrivée.. .
 
Je vois une jeune fille apparaitre rapidement en haut d'un petit escalier en bambou, puis disparaitre aussitôt après m'avoir vu. 
Je continue ma progression vers une petite plate-forme en bambou, qui leur sert de balcon. La jeune fille réapparaît subitement, et je la vois réveiller en vitesse un jeune homme en pagne qui lui également s'enfuit après m'avoir repéré...
Hé bien, quel courage! 
Maintenant, plus personne ne bouge....
Les deux jeunes sont terrées dans leur toute petite maison...
Sont ils en train de nous observer?

Je dépose tout doucement deux paquets de bonbons sur le bord de l'escalier (il me semble avoir entendu des enfants), et nous nous en allons discrètement, inutile de les affoler davantage...

Je reviens à la barrière que je connaissais un petit peu en arrière, puis retrouve rapidement le chemin que j'avais raté....

Nous descendons vers une rivière importante, et la longeons. À un endroit, nous devons traverser....
La rivière est large, et la profondeur n'est pas trop importante, peut être 40 centimètres.

Le paysage est extraordinaire, et la progression le long de la rivière, à sans arrêt escalader de petites pierres, et de grosses pierres est rapidement fatigante....

Dans ce paysage, où l'on a parfois l'impression d'être seul au monde, il arrive de croiser des gens et de se poser toujours la même question:
Mais que peuvent ils bien faire là?....

C'est ainsi que je vois, un peu plus loin devant moi, au milieu de la rivière, trois jeunes garçons. 
L'un d'eux est complètement nu.


Je fais signe à Caroline de regarder dans leur direction, et de ne pas faire de bruit...
Nous contemplons ces jeunes pêcheurs qui installent des nasses à poissons...
Les Mangians adorent le poisson....
Il y a seulement deux générations, les Mangians habitaient au bord de la mer tout autour de l'île de Mindoro, mais ils ont été contraint récemment à s'enfoncer à l'intérieur des terres, et à complètement changer leur mode de vie...en abandonnant les rivages.

Ils sont devenus très méfiants.... 

Nous les regardons pendant un moment travailler sans nous faire repérer, puis décidons de reprendre notre marche dans leur direction....

À un moment, je les vois enfin nous regarder...
Je leur fais alors un signe amical, et leur montre par le parcours que nous prenons, que nous ne souhaitons pas les déranger. 
Ils s'arrêtent un petit moment d'installer leurs nasses pour nous surveiller, puis reprennent leur travail...

Ces moments de contact (ici sans parole) avec l'autre si différent de moi, sont des moments que je ressens comme émotionnellement bouleversants....

Nous continuons toujours notre progression vers l'amont. Le village que nous cherchons ne doit plus être très loin....
Et pourtant, nous ne le trouvons pas....

(Nous nous sommes fixés une heure de demi tour impérative: 14h...
Pour pouvoir être à San Augustin à 17h.)

À 13h 15, nous faisons demi tour, le village est introuvable, et pas l'ombre de cultures (ou de sentier bien marqué) qui pourraient nous révéler la proximité d'un village éventuel....

Nous nous sommes à peine engagés sur le retour, qu'un long plateau d'une quinzaine de mètres de haut sur la droite nous intrigue...
Face au soleil, cet emplacement serait idéal pour des cultures... Il faut aller vérifier, nous avons encore un peu de temps.
Un sentier...cette fois très visible est devant nous, et semble monter sur le plateau. Nous le prenons...et arrivons à des emplacements de rizières desséchées, puis, un peu plus loin, des rizières d'un vert magnifique...
Je vois une hutte, puis une deuxième....
Ce n'est pas un village, mais plutôt un petit regroupement de cinq, six huttes..., autour desquelles nous voyons quelques personnes évoluer. 

Nous allons à leur rencontre....
Nous voyons, par la porte ouverte d'une cabane, plusieurs visages de femmes et d'enfants qui nous scrutent, étonnés...Et un peu inquiets.

D'une autre maison, un vieil homme d'une quarantaine d'années (difficile de donner un âge) vient vers nous en souriant de tous ses chicos noircis. 
Je lui fait un signe de la main, et lui demande de s'approcher...

Je prends alors notre sac, et le vide petit à petit, de tout ce qu'il contient. Les femmes et les enfants que nous avions vus au début osent maintenant s'approcher, et contemplent en souriant les affaires déposées sur le sol.
Les enfants sont attirés par les bonbons, les hommes par les sardines, et les femmes par les allumettes et les moustiquaires...

Nous entendons plusieurs Selamat, avec de nombreux sourires étonnés...
Noël avant l'heure...
L'un d'eux nous demande quelle langue nous pouvons parler: tagalog?...
Nous lui répondons tristement: ....seulement l'anglais...

Nous faisons ensuite signe que nous souhaitons regagner la rivière,  pour retourner chez nous.
Un gars nous indique le chemin,... derrière sa maison...

Et nous voilà repartis, encore sous le charme de la rencontre...

Et nous refaisons tout le chemin jusqu'à San Augustin..., et jusqu'à notre moto...
Il est temps de retourner à Sablayan, et de rendre sa moto à Lerouxe.

Nous nous payons un restaurant le soir...

J'ai horriblement mal, et chaud aux pieds...

À demain

  


 

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Caro 22/01/2017 14:50

C'était une super promenade-découverte.
Dommage qu'on n'a pas pu photographier les Mangyans, ils sont animistes, alors on respecte.