Mercredi 11 Octobre 2017 dans le bus Makassar Rantepao INDONÉSIE

par Daniel KIRCHER  -  11 Octobre 2017, 11:10

En quittant le bus, nous nous dirigeons dans une petite rue vers la Wisma Maria 1, une guest house dans laquelle je suis déjà allé au moins deux fois, il y a quelques années...
Je reconnais l'emplacement, et le côté un peu désuet...

"- Est ce que vous avez des chambres?"
"- Oui!"
"- À quel tarif?"
"- 200000 roupies." (12,50€) avec l'eau chaude...

Nous acceptons, et déposons nos sacs dans deux chambres douteuses.
La salle de bain WC est sommaire. Pas de couvercle sur la cuvette de wc, et une grande bassine avec une casserole à se renverser sur la tête en guise de douche...
Il y a de l'eau chaude à un robinet, mais très chaude, voire bouillante.

Nous déposons nos sacs, et partons aussitôt à la découverte du lieu. Près d'un stade, des gens vendent l'alcool du coin: du vin de palme.
 

Vin de palme.

Vers le nord nous tournons dans une rue à gauche.
Nous sommes après un petit pont, aussitôt dans des champs....
Rantepao est une petite ville au centre du Sulawesie en Indonésie de seulement 45000 habitants. 

Nous prenons une piste, et rencontrons notre premier tongkonan: la maison traditionnelle toraja.

Un tongkonan avec son lot de cornes de buffles...

Ces curieuses et magnifiques maisons ne peuvent être ni vendues, ni achetées.

Nous prenons des photos, et continuons la piste, vers d'autres Tongkonans que l'on voit un peu plus loin.

 

Un brave vieux charpentier près de son atelier nous explique qu'une "cérémonie" à lieu aujourd'hui, dans une petite ferme non loin d'ici.
C'est aujourd'hui, nous explique t-il, le sacrifice du buffle.
Il arrête un motobyke qui passait par là et qui nous propose aussitôt de nous y emmener...
Nous acceptons, et donnons au motobyke 50000 roupies.

2 kms plus loin, notre conducteur nous arrête sur le bord de la piste, et nous indique un sentier sensé nous emmener sur le lieu des funérailles.

Le sentier est plutôt glissant. Il y a sous de petits toits en bambous environ 300 personnes; beaucoup assises, d'autres debouts.
Une personne parle dans un micro.
Au centre de ce rassemblement, un terre plein assez large où l'on aperçoit la tête découpée d'un buffle, au milieu d'une petite marre de sang.

 

 

Le premier buffle qui est égorgé, est censé défoncer de la force de ses cornes la porte du paradis, afin que l'âme du défunt puisse y pénétrer.

Les buffles suivants et les cochons sont là pour montrer au défunt, qui on l'espère est maintenant au paradis, combien on le regrette, et combien on l'aimait.

On espère évidemment que le défunt n'oubliera pas ce sacrifice onereux qu'on lui fait, et qu'il saura protéger notre famille et nous aimer en retour.

 

 

Un autre buffle arrive tranquillement sur le lieu du sacrifice. Les bêtes sont adorables et se laisse manipuler.

On passe une corde à l'une de ses pattes, puis on lui lève la tête dans la position qu'adopte le plus souvent les buffles d'eau quand ils sont dans les rizières.

L'homme qui lui fait lever la tête lui tranche alors d'un coup sec la carotide, et un flot de sang jailli aussitôt de la gorge de l'animal.

La bête s'écroule après un dernier saut en arrière. Le manque d'irrigation du cerveau provoque l'inconscience en quelques secondes, et s'ensuit rapidement la mort.

 

Même si le spectacle n'est pas très réjouissant car il est question de la mort d'un animal, la raison de ces sacrifices chez le peuple Toraja est principalement religieuse.

C'est aussi l'occasion d'un festin où toute la famille est rassemblée.

(Une petite pensée à ces taureaux, qui dans un pays proche du notre meurent également après une vingtaine de minutes de souffrance, pour le seul grand plaisir des aficionados.)

 

Ce rassemblement est la deuxième et dernière cérémonie funéraire.

Quand une personne meure dans une famille, elle est placée dans un cercueil, et se trouve dans un premier temps considérée comme malade....
(J'ajouterais pour moi,..... plutôt gravement malade).
La personne "tombe malade", et la première cérémonie a lieu.

S'ensuit une période plus ou moins longue, pendant laquelle le "malade" patiente dans son cercueil.
Cette période peut durer 1 an, 2 an...et même 8 années.

La période d'attente sert à rassembler la famille, et à chercher suffisamment d'argent, pour pouvoir faire la deuxième cérémonie, qui comprends le festin familial, et l'inhumation.
Le cercueil que l'on voit sur les photos contient déjà le corps d'une femme de 92 ans depuis 5 mois.

 

Nous restons parmi les invités pendant plusieurs heures.
5 buffles viennent maintenant d'être sacrifiés...
Des hommes commencent à retirer le cuir qui leur sert de peau; délicatement, précautioneusement.

La peau est mise de côté.
D'autres ensuite s'occupent du découpage des bêtes.
Les pattes, la panse, la carcasse et finalement la tête, les oreilles, la cervelle.


Si les morceaux sont faciles à identifier au début, la fin est un vrai carnage de morceaux inconnus et informes, sanguinolents. 

Vers 16h, les 5 buffles auront été mangés, et leur viande distribuée.

L'âme de la défunte doit maintenant être en bonne place au paradis au milieu d'un ribambelle de buffles traumatisés.

La pluie se met un moment de la partie, et nous nous mettons à l'abri sous un auvant, pendant qu'une partie de l'herbe de la cour vire à la couleur rouge...

Après une petite accalmie, le cercueil est installé sur une échelle en bambou. Des jeunes femmes pleurent bruyamment....

Il se forme maintenant un cortège où nous prenons notre place.

Le cercueil n'est porté que par de jeunes hommes, et même des ados. La coutume veut que le dernier voyage du defunt se fasse dans le chaos, les cris, la joie, les franches rigolades.

Le cercueil attaché aux bambous tombe plusieurs fois, revient en arrière dans la liesse, et est aspergé d'eau.

 

Nous quittons la piste puis montons dans la montagne, à un endroit étrange, tout en nous méfiant des fous devant nous, qui tentent de nous arroser.

Une montagne calcaire, remplie de trous funéraires, nous sommes dans un cimetière Toraja.

Il y a là quelques Tau Tau (statues des défunts) qui surveillent les allées et venues des personnes étrangères....

De nombreuses tombes ici ont été pillées.

À demain

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Caro 15/10/2017 22:39

Ce peuple Toraja est carnivore. Comment font les végétariens? Et les végan?
Sûrement des complication occidentales ...

chameyrat 14/10/2017 09:01

j'aime l'allure des tongkonan mais la "déco" en cornes de buffle me fait craindre le pire....la suite le confirmera!...toujours fidèle à ton blog, j'attends la suite

Daniel KIRCHER 16/10/2017 13:17

Un grand merci pour tes commentaires; il est vrai que les animaux ne sont pas à la fête par ici.
Mais quelle culture extraordinaire ce peuple toraja.
Le catholicisme récent leur à fait abandonner la plupart de leurs traditions;
Qu'est ce que cela devait être avant....

Daniel